« A force d'entendre dire qu'il faut respecter tout et son contraire, on ne respecte rien ni personne »
Publié le 01 février 2010 à 16:02
Cette phrase, devenue célèbre, sortie de la plume de Chahdortt Djavann, dans son ouvrage « Bas les voiles », peut s’appliquer aux deux débats aujourd’hui qui créent un schisme sociétal dont il est légitime de s’inquiéter.
Il y a d’une part l’identité nationale, qui pour les uns incarne le mal et pousse inconsciemment aux réflexes racistes, xénophobes et antisémites et qui, pour les autres, permet au contraire de ressusciter notre impérieux devoir de mémoire qui, lui-même, vient nous révéler que la France s’est illustrée à travers les siècles comme un grand pays de tolérance, comme une terre d’accueil et d’asile, comme le berceau de la mixité et du métissage.
Arrêtons, au seul motif qu’existe une nostalgie de périodes plus funestes chez une minorité malingre d’entre nous, de voir le mal où il n’est pas, de suspecter les uns pour mieux diviser les autres.
La France et ses citoyens est riche d’une Histoire et de traditions qui doivent être connues de celles et ceux qui s’en revendiquent ou simplement aspirent à être naturalisés. Sans mensonge. Sans faux-semblant.
Il y a d’autre part ce débat sur le port du voile intégral qui prend des proportions insupportables car derrière cette réalité de femmes voilées qui, consciemment ou non, agressent nos regards et notre sensibilité se cache le plus sinistre des desseins consistant à exacerber une révolte aussi primaire que violente contre une confession, une culture et parfois même une race.
Cette femme, Chahdortt Djavann, se dit française et dit être 'née révoltée', car elle est née femme dans un pays où les femmes n'ont pas le droit d'exister, l’Iran. Celui du Shah. Elle a quitté, heureusement, l’enfer qu’elle a décrit dans son premier ouvrage pour être accueillie chez nous, en s’intégrant à notre société avec ses droits et ses devoirs.
En publiant, en 2003, 'Bas les voiles !', elle signait là un pamphlet s'élevant contre le port du voile. Ici comme ailleurs. Cela lui valut une notoriété subite. Mais elle a aussi vécu la peur, la terreur, les appels anonymes. Peu lui importe : elle le sait et le dit, parce qu’elle a réussi à s’extirper d’un système qu’elle condamne, que l’Islam et le port du voile ne forment nullement des synonymes. « J'ai vécu le totalitarisme islamique et les barbaries religieuses sous tous leurs aspects » a-t-elle crié dans son livre et cette révolte est saine et respectable car elle pointe du doigt sur les excès, sur l’intégrisme, sur la barbarie dont religions ou croyances ne sont que de vils prétextes.
D’autres qu’elles se battent pour la paix, pour l’équilibre. Qui seul peut conduire au respect. Abdennour Bidar, par exemple, français musulman, né en Auvergne dans une famille dont la mère s'est convertie à l'islam, est l'auteur de 3 ouvrages consacrés à l'islam. Et il enseigne. Il écrit. Il est accueilli par les médias qui lui ouvrent leurs colonnes ou leurs temps d’antenne car lui, comme la plupart des musulmans de France comme ailleurs, savent que ses trois principes selon les quels l’Islam ne survivra pas sont très largement acceptés, des principes simples :
1. l’affirmation inconditionnelle du droit pour chaque individu de culture musulmane de déterminer librement son mode de rattachement à cette culture, sans que rien ne puisse lui être imposé par la tradition, les coutumes, les autorités religieuses ;
2. le refus sans ambiguïté de toute violence perpétrée soi-disant au nom de l’islam, que ce soit celle du terrorisme, celle de l’intolérance qui consiste à affirmer la supériorité de l’islam sur les autres visions du monde, et toutes celles infligées aux femmes à travers les multiples formes de la domination masculine ;
3. la conviction que l’Europe — par son cadre politique laïc et son rôle dans l’édification d’une culture mondiale de la paix et du dialogue — est le lieu privilégié où l’islam peut trouver une nouvelle conscience de lui-même »
Dans les colonnes de notre confrère Le Monde dans l’édition du 29 juin 2009, il écrivait et expliquait pourquoi il n’existait « aucune justification religieuse à la burqa ». Pourquoi ? Mieux renseigné que quiconque sur cette question, il affirme : « la burqa ne peut donc se prévaloir d'aucune justification historique, ni dans le Coran ni dans les mœurs traditionnelles de la plupart des peuples musulmans. C'est une innovation dont le caractère islamique est plus que discutable et dans laquelle de très nombreux musulmans ne se reconnaissent pas ». De plus, il souffre, en tant que musulman. Et craint que de cette pratique, ultraminoritaire, l'islam ne se retrouve stigmatisé. Notamment comme religion misogyne.
Juste avant le solstice d’été, il rêvait déjà, que d’un débat sain, la société française puisse prendre la mesure de la diversité des façons d'être musulman et que les clichés disparaissent et notamment ceux d'une représentation monolithique de l'islam - que la vision des burqas risque d'aggraver.
Et il avait raison. Il pressentait cette dérive qui, aujourd’hui, divise même la représentation nationale bien au-delà des clivages traditionnels.
La burqa ne peut être le ferment d’une loi. Mais elle doit inciter les citoyens, les élus, l’exécutif et les deux Assemblées à méditer sur la manière la plus juste de lutter contre le communautarisme.